La frontière

Le train Vilnius-Saint Pétersbourg part tous les soirs à 18h18 et arrive à 9h le lendemain matin.

Je voyage en platstkartny (3ème classe couchette) et tout me ravit des couchettes recouvertes de velours rouge au samovar que j’inaugure aussitôt avec un Pu Er. Je le partage avec Svetlana, 70 ans, fort rigolote, qui sort sa tasse en porcelaine. Elle vit avec l’un de ses fils en Lithuanie et parle de Saint-Petersbourg où vit sa fille avec des larmes dans les yeux. Je ne sais pas si c’est aussi l’âme slave qui veut ça, mais elle papote non-stop de 18h à 2h du matin. Avec moi (je ne comprends pas, mais j’écoute) puis avec nos voisines. La langue russe, pas entendue depuis longtemps, et sa petite voix chantante me bercent…

Autour de minuit, nous passons en Estonie puis en Russie : 2 heures d’arrêts, des paquets de fonctionnaires et de militaires, un chien, pour contrôler passeports et bobines, renifler et inspecter quelques sacs. Plusieurs dames m’impressionnent : impeccablement coiffés, manucurées, parfumées, en jupe ajustée, juchées sur talons 8cm. L’air pas du tout commode. Ambiance Bons baisers de Russie. Tout ça pour affronter un wagon de bouseux ensommeillés (nous).

Je retiens mon souffle, obtiens mon coup de tampon et m’endors bercée par le roulis sur ma couchette étroite. [Note pour plus tard : se souvenir de ne pas sortir la moitié de son sac à dos sur la couchette à chaque train de nuit.]


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