Non-organisez vous-même votre propre voyage en Transsibérien !

Prenez un rêve d’enfant, le plus ancien possible.

Surtout n’allez pas lire guides et documents qui pourraient guider le choix d’un itinéraire précis ou vous alerter sur des difficultés pratiques : restez dans le pur fantasme, flou, souple et merveilleux.

Ignorez superbement les conseils de gens expérimentés et/ou raisonnables qui pensent que vous devriez planifier, réserver, confirmer pareil voyage – toutes ces choses ennuyeuses. Le feeling avant tout.

Avant même votre départ, pestez avec force contre les fonctionnaires locaux tue-l’amour qui veulent vous engager dans un itinéraire précis et une procédure de traçabilité de votre voyage (enregistrement de votre visa à votre arrivée dans chaque ville… ce qui suppose de savoir quand vous allez repartir dès que vous arrivez ? Les fous !)

Arrivez le nez en l’air dans votre première étape. Jouez avec l’idée d’avoir le coup de foudre pour la ville et d’y être encore dans un an. Tout est possible.

Sur un coup de tête, montez à la capitale, point de départ du Transsibérien. Visitez un peu, causez avec les voyageurs de hasard, laissez-vous vivre : vous avez le temps après tout.

Regardez partir votre premier voyageur du Transsibérien : peut-être est-il temps de s’y mettre ? Passez 4 heures à consulter un des rares site d’horaires de train en anglais. Découvrez que les trains les plus rapides et les plus cotés circulent une fois de temps en temps et qu’ils arrivent à 2h du matin dans les gares de correspondances qui vous intéressent. Où il n’y a pas d’hôtel. Puis réalisez que les horaires du site sont faux. Que le temps passe vite, que votre visa expire dans 15 jours et qu’il y en a déjà 6 à passer dans le train. Qu’il va falloir faire des choix drastiques : il faudra revenir. Et d’abord : itinéraire en pointillés dans toutes les villes dont le nom vous fait rêver ou marathon de 5 jours d’affilée dans le train ? Les 2 options sont également séduisantes. Il faut choisir, la pression monte.

Commencez par réserver le billet qui vous permettra de sortir du pays dans les temps impartis par votre visa : tiens, ça c’est une idée. Objectif Oulan-Oude – Oulan-Bator (Mongolie) le 9 mai. D’ici là, on s’arrangera pour le reste.

Rendez vous à la gare avec vos 2 mots et demi de russe, un dimanche, puisque c’est un dimanche que vous est venu cet élan inattendu de passage à l’action. 3 heures plus tard après avoir erré de guichet en gare voisine en matronne revêche en jeune dame presqu’anglophone, vous avez un billet Moscou-Kazan pour le lendemain. Pas de solution pour l’indispensable sortie du territoire : inutile de stresser, les gens que vous rencontrez s’inquiètent bien assez pour vous. Et pour vos pauvres parents, probablement ravagés d’inquiétude à l’idée d’avoir une fille pareille lancée sur les routes. Faites vous traiter de « crazy » 3 fois par jour et savourez : c’est votre seul côté aventureux au fond. Bonus : vous qui ne raffolez pas des dortoirs, vous dormez maintenant comme une bûche.

Le lendemain, retournez à la gare. Cette fois vous obtenez le fameux billet pour la Mongolie ! Justement auprès de la matronne qui vous disait hier qu’elle ne pouvait pas vous le vendre. Mais aujourd’hui sa chef, encore plus désagréable si c’est possible, est là pour lui expliquer comment ça marche. Pas démontée, essayez d’obtenir également un Perm-Irkoustk auprès des 2 dragons. Niet.

Tentez votre chance dans la gare d’à côté : la guichetière est pleine de bonne volonté et n’a pas honte de sortir ses 3 mots d’anglais si bien que vous vous comprenez 5 sur 5. Mettez vous d’accord sur l’annulation de votre billet pour Kazan – puisque l’heure de check-out à l’hotel est dépassée depuis longtemps et que vous n’attraperez pas ce train à temps. Comme vous essayez de lui expliquer dans quel genre de train vous aimeriez effectuer le Perm-Irkoustk (vous venez de vous décider là tout de suite sur votre itinéraire, il ne faut pas laisser passer cette guichetière), 2 petites Russes sympathiques vous demandent dans un anglais parfait si vous avez besoin d’aide. La suite vient toute seule. Vous avez maintenant 2 billets, 3 jours de train en perspective, 2 nouvelles amies… A qui vous payez un verre et qui vous racontent en retour les habitudes des touristes russes sur la mer Noire en formule tout-compris (boire non-stop du check-in aller à l’avion de retour). Et qui vous font cadeau dun écusson militaire de la « brigade cosmologique »… celle des dingues, celle qui vous va comme un gant. Vous commencez à bicher : votre manière de faire, certes un peu destructurée et ne laissant pas trop de temps pour les visites culturelles, s’avère LA méthode pour rencontrer des locaux.

Croyez-vous. Vous ne savez pas encore ce qui vous attend à Kazan.

(A suivre)

(A suivre aussi : la vraie BONNE méthode pour préparer son voyage en Transsibérien. Enfin, il n’y a pas de mauvaise méthode, hein…)


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8 commentaires on “Non-organisez vous-même votre propre voyage en Transsibérien !”

  1. fohr dit :

    ouha bravo petite!
    backchich ou pas backchich?

  2. Anne-Sophie dit :

    Quelle joie de te lire de nouveau Marine. Suis de retour d’Istanbul et toi entre temps tu es passée par Vilnius, Saint-Petersbourg et Moscou… Autant j’ai fui le mariage princier (tu me connais avec ce genre d’évènement!…), ce qui tombait à pic car là bas ce n’était pas du tout d’actualité, autant te lire m’a beaucoup manqué (le wifi marchait trop mal, coupures incessantes et un smartphone bien trop petit pour apprécier). Je rattrape donc mon retard et savoure comme toujours tes photos et tes lignes. Pleine d’émotion en te lisant sur Saint-Petersbourg notamment… Prends soin de toi, régale toi et encore mille mercis pour ce carnet enchanteur…Bisous tout plein.

  3. Marine dit :

    @fohr : pas de bakchich à l’horizon pour l’instant, tout va bien.
    @Anne-So, merci merci pour tes commentaires enthousiastes qui font chaud au coeur ! J’attends le carnet Istanbul… ou le récit de vive voix autour d’un thé à Paris ? grosses bises

  4. Ibo dit :

    Que de tensions dans ce billet, j’en étais tout inquiet, comme tous ces gens inquiets pour toi à Moscou…
    Merveilleuse aventure humaine, donc, hein ?

    La bizzz

  5. […] Caser son bagage en dessous de la couchette du bas ou au dessus de celle du haut suivant l’endroit où on dort. Comme toujours, j’ai la couchette du haut : pour avoir celle du bas, la plus prisée, il faut réserver plus tôt. […]

  6. Marine dit :

    @ibo : meuh non, c’était très drôle ! à ce satde, je me suis même pas énervée 😉

  7. […] vous le savez, la planification n’est pas mon fort. J’ai quand même appris plein de choses au cours de cette première traversée, ça […]


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