Le marché au thé (2) : équations et dégustation


Quand j’ai préparé rêvé ce voyage, j’avais l’idée de partir sur la piste du thé que je bois tous les matins, le Dian Hong, un thé noir du Yunnan (les Chinois et les connaisseurs disent « thé rouge »). A Paris, on m’a découragée en me disant que sans contacts professionnels, ni parler mandarin, je n’avais aucune chance d’approcher quoi que ce soit… Pas faux sans doute. Et puis coup de chance.

Finalement, je rentre dans les coulisses. Je découvre le thé vert Long Jin de la région de Hangzhou dont l’arôme fraiche me rappelle parfois le jus de coco. La différence entre un jasmin naturellement parfumé et un thé au jasmin dans lequel on a ajouté des huiles. Les Pu Er crus et cuits. Les fabuleux Dan Cong de la région du Guangdong… Au point que Camille s’inquiète que mon éducation commence si fort : comment vais-je pouvoir apprécier encore un honnête thé de base ? Mais je tiens toujours à mon Dian Hong le matin dont on a pisté « THE factory » comme dit Camille : ses arômes n’ont rien de complexe mais le seul parfum de ses feuilles, vieille grange pleine de foin, me réveillent et m’enchantent. (Me réacclimater aux affreux thés des cafés parisiens va être plus compliqué je sens).

Déguster avec 3 experts comme Camille, Sophie et Sébastien, c’est le bonheur total pour une néophyte. Sébastien, qui représente aussi des châteaux bordelais auprès de clients chinois, me raconte qu’il a appris le vin en découvrant le thé. L’un comme l’autre ont une immense gamme d’arômes à offrir, le thé aussi fait jouer la « rétro-olfaction », en prime il se développe de manière plus complète dans la bouche, dite, euh, « multidirectionnelle ». En quelques jours, j’apprends plein de choses, de la fabrication du thé à la manière de le déguster, en voici quelques unes qui vous parleront peut-être.

Lorsque Sébastien déclare que le Dan Cong que nous buvons a d’excellents arômes mais que sa liqueur est trop raide, je percute que non, ce n’est pas moi qui aie un un chat dans la gorge ! Comme au même moment, Sophie, qui s’y connait en grands crus, m’explique que :

Dégustation = perception + verbalisation,

j’ai une double-révélation là d’un coup :

1. tout ce qui se passe dans ma tête (mon corps ?) peut être mis sur le compte du grand thé que je bois. L’exemple fourni par Sophie ( « ça se dégage littéralement au niveau des tempes ») commence à prendre du sens…

2. si je ne me formule pas les choses, je passe en partie à côté de ce que je bois.

Les amateurs de vin sentent sans doute ça depuis longtemps, pour moi c’est nouveau : jusqu’ici le thé était surtout un rituel et un réconfort, je passe à une autre étape. Dire que lors de mon premier voyage en Chine, j’avais failli recracher ma première gorgée de thé vert : « C’est quoi ce jus d’épinard ?? ».

J’apprends aussi les folies du marché : la spéculation autour du Pu Er qu’on s’arrache depuis 10 ans pour ses vertus réelles ou supposées pour la santé et ses capacités de vieillissement qui permettent la spéculation autour des « millésimes ». Le marché délire, les vrais amateurs dépriment devant les prix, puis gros trou d’air en 2008. A Fangcun, les grossistes sont  spécialisés dans une famille de thé, mais tous proposent quelques galettes de Pu Er dans un coin au cas où.

Et la folie douce des théières en terre de Yixing. Au départ, elles ne paient pas de mine ces petites choses hors de prix (à partir de 30 euros et sans problème au-delà de 200…), moi je les trouvais décoratives et toutes un peu pareilles à vrai dire. Chez les marchands de théières, on peut s’entraîner à observer les différences (« Tu vois, cette théière un peu haute convient mieux pour du Pu Er ») et même essayer la théière de son choix avant achat, c’est à dire vérifier que neuve, elle rend bien un goût « neutre ».

Quand on se met à aimer vraiment un thé, on a envie de lui en réserver une qui se patinera avec le temps, sédimentera les arômes et offrira de meilleures infusions. Ou bien on s’enflamme carrément : tout en caressant amoureusement une rousse à petits pois clairs, Camille me raconte comment elle a réparé sa théière préférée qui avait eu un accident dramatique (des heures à poncer un bout de terre avant de mélanger le résultat à du blanc d’oeuf). Sa theière se porte très bien maintenant, merci, d’ailleurs son cousin essaie toujours de la lui piquer : elle lui répond à chaque fois qu’elle ne peut pas décemment lui offrir une théière cassée. Voici une partie de la collection de Camille, qui sait exactement trouver le thé qui convient à l’instant et la théière qu’il faut pour ce thé…

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2 commentaires on “Le marché au thé (2) : équations et dégustation”

  1. Anne-Sophie dit :

    Très très intéressant Marine tes commentaires sur le thé et les théières en terre. On apprend plein de choses et j’ai hâte du débrief de vive voix au Wepler. J’ai beaucoup aimé les thèmes que tu as postés centrés autour du thé même si je me délecte de tes photos et commentaires sur la vie de la rue. Ils ont été comme des petites parenthèses au milieu du tumulte de la vie quotidienne des Chinois que tu sais si bien nous faire partager.

    Plein de bisous, profite à fond jusqu’au bout et prends soin de toi.

    Anne-Sophie

  2. Marine dit :

    @Merci Anne-So : débrief au Wepler très vite… et puis dégustation de thés à la maison !
    +Tu nous laisserais pas l’endroit où tu postes tes photos sur flickr… pour un autre genre d’ambiance ?? bisous


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