Les nouilles par dessus le pont – et autres spécialités chinoises

A Xi’an, parmi les spécialités locales, ne pas rater la soupe aux nouilles et au mouton musulmane dite « Yang Rou Pao Mo« , dans laquelle on émiette du pain dense. Plus exactement, ça se passe comme ça :
La serveuse me colle un bol avec 2 petits pains sur la table et me fait comprendre que je dois travailler. Moi, flemmarde je coupe une dizaine de morceaux, j’ai bien le temps de voir comment ça goûte en vrai – surtout que le pain est dur, c’est pas facile à émietter ce truc.

Sauf que non, la serveuse n’est pas d’accord : il faut TOUT découper, elle me montre le bol de bons élèves pour appuyer son propos. Et en morceaux beaucoup plus petits, juge-t-elle lors de son 2ème passage. 10 minutes et 3 ampoules plus tard…

…devant mes bras résolument croisés, elle consent à emmener mon bol en cuisine sur lequel on va verser le bouillon brulant.

A l’arrivée, ça tient au corps et c’est divin : j’ai adoré en été alors j’imagine l’effet en hiver par moins 10 degrés ! Je me croirais en Asie centrale – d’alleurs j’y suis, Xi’an est le point de départ de la Route de la Soie. Je note que les 2 jeunes mecs qui s’installent à ma table découpent leurs pains grossièrement en 45 secondes et que la serveuse ne moufte pas mais bon, si moi la touriste on m’embête, c’est pour que je découvre la spécialité dans les meilleures conditions possibles, n’est ce pas ?

En Chine, il y a souvent du grand spectacle à table. La chaîne South Beauty (cuisine sichuanaise pour bobos chics), propose par exemple une salade passée au shaker sous vos yeux : j’adore et tant pis si j’ai l’impression d’avoir 5 ans 1/2 ! A Shanghai, Alice m’a fait découvrir les nouilles par dessus le pont, une spécialité du Yunnan : une série d’ingrédients crus à glisser dans un grand bol de bouillon recouvert d’une fine couche d’huile pour le maintenir brûlant. Une fondue quoi, mais dans un bouillon plein de saveurs.

La légende raconte qu’un candidat aux examens impériaux étudiait sur une île si bien que sa femme devait traverser le pont pour lui apporter son déjeuner – qui arrivait invariablement froid. C’est alors qu’elle aurait eu l’idée du film d’huile pour maintenir le bouillon bien chaud. Ou qu’elle aurait trébuché un jour en traversant le pont et découvert que la viande s’était renversée dans le bouillon de nouilles – et que c’était délicieux.

En tous cas, c’est rigolo et c’est bon !

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A Xi’an, la plus belle armée du monde

Il était une fois un empereur brillant et cruel, qui ne craignait guère que la mort et les esprits. Pour adoucir son passage dans l’au-delà, il se fit construire un tombeau aussi grandiose que sa vie : paysans et animaux, scribes et fonctionnaires, musiciens et danseurs, une cour grandeur nature de terre cuite et de bronze, logée sur un site de plus de 50 km2. Des rivières de mercure, une armée de 8.000 soldats – fantassins, archers, cavaliers, chariots – pour le défendre des esprits. Et quelques pièges pour décourager les pillards en chair et en os. Les travaux dit-on commencèrent à son arrivée sur le trône – à 13 ans – et mobilisèrent 700.000 personnes, dont un bon nombre fut tués ou enterrés vivants avec l’empereur pour ne pas trahir les secrets de la construction. Son armée de terre ne comptait pas 2 soldats identiques, chacun peint de couleurs délicates aujourd’hui envolées.

Qin Shi Huang (259 – 210 av JC) traine une sacrée réputation : unificateur et premier empereur de Chine, initiateur de la Grande Muraille et épouvantable tyran, il aurait standardisé les mesures, la monnaie voire l’écriture chinoise, banni les livres et fait brûler les érudits pour asseoir son pouvoir. Les historiens se disputent encore pour démêler le vrai du faux parmi les légendes qui entourent son règne. Pendant ce temps-là, les excavations continuent lentement : les archéologues n’osent pas toucher au tombeau lui-même de peur de l’abimer – ou de tomber sur les pièges qui patientent depuis 2000 ans ?

L’armée de terre cuite a été découverte en 1974 par des paysans du coin. En 2011, au pays du Chai, c’est une attraction touristique de classe mondiale : zones de souvenirs, inutiles voiturettes et autres circuits audioguides vous attendent avant la visite. On peut immortaliser le moment en se faisant photographier au milieu de reproductions de soldats, un peu comme les grands de ce monde qui ont défilé par ici.

Des soldats de terre ou des escadrons de touristes, je ne sais pas ce qui est le plus efficace pour faire fuir les esprits : pour peu qu’il aime la compagnie, l’empereur doit trouver l’au-delà assez distrayant.

L’émotion est pourtant intacte. Ces 2 équipages de bronze semblent prêts à jaillir de leur vitrine.

Au milieu des flashes et des touristes piaillant, on entend presque les chevaux ronger leur mors.


Xi’an, un peu d’archéologie

1 mois que je suis à Paris. 1 mois sans blog. C’est long mais c’est ce qu’il m’a fallu pour reprendre à peu près mes marques. La Chine me semble à la fois très loin et très proche – tout comme mes habitudes parisiennes, que je retrouve avec plus ou moins d’évidence. Mentalement, je me sens parfois coincée quelque part entre Canton et la place de Clichy : j’espère ne vous avoir pas perdus en cours de route ! Et vous retrouver ici… après votre retour de vacances ?? Je tiens à vous raconter la fin de mon voyage !

Alors voyons, voir, fouillons dans mes souvenirs d’il y a euh, quelques semaines… Ah oui, à Xi’an j’étais venue en pélérinage ou presque.

Temple taoiste des 8 Immortels

Lors de mon premier voyage en Chine, j’étais déjà passée par Xi’an et j’avais adoré l’Armée de Terre Cuite, la balade dans les vieilles rues grises, le Quartier Musulman, les galeries de peintures… L’ouragan de la modernisation est passé par là bien sûr. Des grandes avenues et des shoppings malls titanesques ont remplacé les petites rues. Le Quartier Musulman est devenu une attraction touristique avec vente de souvenirs flambants neufs ou « antiques » au milieu des stands de brochettes au cumin — et Xi’an  ce genre de ville où il est impossible de se balader son mp3 sur les oreilles sous peine d’arriver sourd à l’hôtel : flots de voitures, musiques à fond les ballons sur le ­­pas de chaque magasin, paquets de touristes surexcités s’interpellant sur les avenues… Et pas un Anglophone sympathique à l’horizon, flûte, c’est bien ma veine.


Je cherche les petites rues et les salons de thé repérés sur le net ou dans mon guide et je tombe sur ça :

Me voilà en plein « pays du Chaï » : jeu de mot chinois sur la prononciation de Chine en anglais et sur « Chaï » (à détruire), idéogramme apposé sur les maisons en attente de destruction. Un brin d’humour et d’amertume pour décrire un pays qui change au pas de charge, sans pitié pour les nostalgiques du quotidien (merci à Chalkman pour le décryptage. On peut se reporter au livre de Peter Hessler dont je parlais ici pour une passionnante plongée dans ce pays du Chaï et ses rapports avec son histoire ancienne et immédiate).

© China Daily/China Photo Press

Reste à profiter du quartier tout mignon des galeries de peinture, et surtout à s’en écarter de quelques rues : on passe des galeries pour touristes aux encadreurs, puis aux ruelles simples où retrouver la vie tranquille de Chine.

Autres activités réjouissantes : traquer les peintures dans les galeries. Je tombe sur une dizaine de paire de sujets+styles parfaitement identiques — et préfère de très loin les peintures paysannes naïves en vente sur le trottoir le soir.

Se concentrer sur la saveur de tout ce qui cuit dans la rue (en petite Parisienne, j’ai été très frustrée de… barbecues quand j’étais petite. La Chine est l’occasion d’un super rattrapage ;o)

Et bien sûr à rendre visite à l’Armée de Terre Cuite (à suivre)…